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Sur les dunes, tu ne marcheras point…

Pourquoi ne faut-il pas marcher dans les dunes ? Explications dans un excellent article de Sud Ouest avec un technicien de l’Office national des forêts

Prenez dix grains de sable bien secs et essayez d’en faire une pyramide ou un petit tas. Ça ne marche pas. Prenez-en vingt, trente ou cent-cinquante ça ne marche toujours pas. Tout simplement parce que par nature, les grains de sable n’ont pas de liaison entre eux. Quant aux châteaux de sable des enfants sur la plage, ils ne tiennent que par la grâce de l’humidité. Sans eau, pas de château. Alors pourquoi les dunes ? « Parce qu’il y a une végétation qui solidarise les grains de sable entre eux. Une flore spécifique qui sert de lien. Et c’est cette flore qui est particulièrement fragile », explique Serge Chaigneau, technicien à l’Office national des forêts (ONF). Voilà pourquoi il ne faut pas marcher sur les dunes. Les plantes qui y poussent dans ces conditions extrêmes et précaires se sont adaptées au fil du temps et ont développé des stratégies de survie (racines profondes, réduction de la surface foliaire,…). Ces espèces sont le résultat d’une longue évolution, elles sont aujourd’hui si particulières qu’elles ne peuvent vivre que sur les milieux dunaires.

Des caillebotis pour guider

En poste dans l’île d’Oléron, Serge Chaigneau est en première ligne pour mesurer la fragilité du cordon dunaire et de sa végétation. « Vertbois, Grand-Village, toute la côte ouest exposée à l’érosion marine est particulièrement vulnérable mais également Maumisson, les Saumonards, Trousse-Chemise dans l’île de Ré et la presqu’île d’Arvert avec le Galon d’Or, l’Embellie. »

En équipant les chemins d’accès aux plages de caillebotis en bois, les communes canalisent le public et lui évitent de « s’égailler » dans la dune.

« Généralement, les règles sont respectées d’autant qu’il y a un peu partout des panneaux pour expliquer que la dune est fragile, qu’il faut la respecter. Nous n’avons malheureusement pas les moyens humains de surveiller tous les secteurs mais nous faisons le maximum. Plutôt de la prévention et de l’éducation pour les piétons mais quand il s’agit de VTT ou de moto, là on verbalise car les dégâts causés peuvent être considérables », poursuit Serge Chaigneau.

Dégâts aux plantes, naturellement. Les agropyrums, lichens, mousses, immortelles des sables et les oyats « qui fixent le sable. Grâce à l’oyat plus la dune monte, plus le sable est stocké par le haut ». L’oyat, c’est l’escabeau de la dune, sa colonne vertébrale. Elle est dotée d’un système racinaire très profond et d’une grande résistance à la sécheresse. Elle pousse dans la dune blanche, en première ligne, la dune grise se trouvant en retrait avec une trame végétative plus dense.

L’œillet, le lézard

Et puis il y a le fameux œillet des dunes. « Il a quasiment disparu. Comme il est très beau, les promeneurs l’ont cueilli à outrance bien qu’il soit protégé. Il ne reste plus qu’un tout petit secteur où l’on peut encore en voir dans l’île d’Oléron. Bien évidemment, je ne dirai pas où », ajoute Serge Chaigneau.

La flore et la faune. « Le lapin est très présent dans les friches sablonneuses de l’île de Ré mais sa population a considérablement régressé dans l’île d’Oléron. » Oléron où vit encore le si rare lézard ocellé. « Dans les dunes grises à l’arrière du trait de côte. En général, il occupe un ancien terrier de lapin abandonné. Mais comme il y a de moins de moins de lapins, nous lui avons créé des gîtes artificiels par endroits. » Comme l’œillet des dunes, le lézard ocellé dépend du sable qui dépend de la plante qui le solidarise. Et tout le monde dépend du bon vouloir de l’estivant à ne pas sortir des chemins balisés pour ne pas détruire ce fragile équilibre.

THOMAS BROSSET / Journal Sud Ouest

 

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